18 août 2026
Ce que disent les commerçants réunionnais, et ce que le numérique peut vraiment y faire
Nous avons lu ce que les commerçants, artisans et restaurateurs de l'île disent dans la presse locale. Sur la plupart des sujets, le numérique n'y peut rien. Sur deux ou trois, il change quelque chose. Voici lesquels, sans exagérer.
Le décor, en trois chiffres
Les défaillances d'entreprises ont explosé sur l'île : +29,6 % en 2023, puis +56,3 % en 2024. En 2025 le chiffre se stabilise à 1 106 défaillances, soit −1,3 %, mais à un niveau que l'IEDOM qualifie de « nettement supérieur à la moyenne de long terme » (IEDOM, Rapport annuel économique La Réunion 2025). Le commerce représente 19,3 % de ces défaillances.
Autrement dit : la hausse s'est arrêtée, pas les difficultés. Et le premier trimestre 2026 est reparti à +14 % de liquidations et redressements par rapport au même trimestre 2025 (Imaz Press).
En août 2025, plus de 1 100 entreprises étaient en redressement judiciaire (Réunion la 1ère).
Et côté frais bancaires, neuf tarifs sur quatorze restent plus élevés à La Réunion que dans l'Hexagone (Zinfos974).
Ce n'est pas un décor de campagne publicitaire. C'est le contexte réel dans lequel un chef d'entreprise réunionnais lit une proposition commerciale, la nôtre comprise.
Ce qu'ils disent, avec leurs mots
Sur les centres-villes. À Saint-Leu, pendant les travaux de réaménagement, un commerçant en prêt-à-porter résume la situation en une phrase : « J'ai perdu 50 % de mon chiffre d'affaires. » Un restaurateur du même quartier ajoute : « Il faut espérer que les clients n'auront pas perdu l'habitude de venir en centre-ville quand les travaux seront terminés. » (Clicanoo)
Sur l'artisanat. Cyrille Rickmounie, président de la CAPEB : « On assiste à la paupérisation des petits chefs d'entreprise sur ce territoire. » Et cette phrase, qui explique pourquoi le sujet reste invisible : « La majorité des défaillances d'entreprises se font en silence. » (Zinfos974)
Sur le recrutement. Abdoullah Lala, président de l'Union nationale des professions libérales : « Beaucoup de mes collègues me disent : je ne trouve pas à embaucher. Je suis obligé d'aller à Paris ou à Marseille pour embaucher. »
Sur ce qui manque vraiment. Et c'est la citation qui nous a le plus arrêtés, parce qu'elle contredit ce qu'une agence a envie d'entendre. Corine Bédier, cheffe d'entreprise artisanale à Saint-Pierre :
« Le véritable retard n'est pas technologique. Il réside dans l'accompagnement et la montée en compétences. » « Un commerçant informé peut s'organiser. Un commerçant mis devant le fait accompli subit les conséquences. » Source : Clicanoo, 27 juin 2026
Ce que le numérique ne règle pas
Autant le dire tout de suite, parce que personne ne le dit jamais dans un article écrit par une agence.
- Un loyer commercial trop élevé ne baisse pas parce que vous avez un site.
- Le prix des marchandises importées, l'octroi de mer, les délais de fret : aucun outil n'y change quoi que ce soit.
- Un chantier de voirie devant votre porte pendant six mois ne se compense pas par une page internet.
- Le recrutement. Une annonce en ligne ne fait pas apparaître un candidat qui n'existe pas sur le bassin d'emploi.
- Une trésorerie déjà exsangue. Si vous êtes en procédure, votre problème n'est pas votre visibilité, et quiconque vous vend un site à ce moment-là vous vole votre temps.
Un site internet n'est pas un plan de sauvetage. Nous ne démarchons d'ailleurs pas les établissements en difficulté : nous démarchons ceux qui marchent.
Ce qu'il change réellement
Il reste trois choses, et elles sont réelles.
Être trouvé par ceux qui ne vous connaissent pas
Le bouche-à-oreille fait très bien son travail dans un quartier. Il ne fait rien pour le touriste qui cherche où manger ce soir depuis sa chambre, pour le nouvel arrivant qui se fera ses habitudes ce mois-ci, ou pour celui qui vient de l'autre bout de la ville et veut voir la carte avant de faire la route.
Ces gens-là existent, ils cherchent sur leur téléphone, et ils ne demandent pas grand-chose : ce que vous proposez, quand vous êtes ouvert, comment venir. S'ils ne trouvent pas la réponse, ils ne vous appellent pas pour la demander.
Ne plus dépendre entièrement de la rue
C'est la leçon de Saint-Leu. Quand la rue est éventrée, ou quand un cyclone passe (la restauration et l'hôtellerie ont eu « plus de 80 % du matériel hors service » après Garance (Réunion la 1ère), avoir un endroit à soi pour dire « on est ouvert », « on rouvre lundi », « la carte a changé », ce n'est pas du confort.
Un commerçant qui a un canal direct est celui qui informe. Celui qui n'en a pas est celui qui subit, pour reprendre l'opposition de Corine Bédier.
Arrêter de refaire à la main ce qu'une machine fait mieux
Les stocks tenus de mémoire, la caisse recomptée le soir, les commandes notées sur un carnet, la facturation le dimanche. Ce n'est pas de la visibilité, c'est du temps, et c'est souvent le seul poste sur lequel un petit patron peut réellement gagner quelque chose sans dépenser plus.
Et l'accompagnement, alors ?
C'est le point de Corine Bédier, et il vaut aussi pour nous.
Le retard n'est pas technologique : les outils existent, ils sont bon marché, ils sont accessibles depuis un téléphone. Ce qui manque, c'est quelqu'un qui explique, qui installe, qui reste joignable après, et qui dit non quand ça ne sert à rien.
C'est la seule chose que nous prétendons faire correctement. Nous fabriquons l'outil, nous le mettons en place, et nous restons au bout du fil. Si votre problème n'est pas de ceux qu'un outil résout, nous vous le dirons plutôt que de vous vendre quelque chose.
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